L’exploité-exploiteur

Posted by on 8 Avr 2026 in Politique, Scribouillure | 0 comments

Capitalisme. 
Un mot. Tant de significations. 

Pour certains, le mal absolu. 
Pour d’autres, le système parfait. 

(Entre les deux, une myriade de chercheurs qui tentent de comprendre ce phénomène pour le moins complexe.) 

Ses défenseurs sont ceux qui en profitent. Ses détracteurs, ceux qui en souffrent. MAIS PAS QUE. Certains privilégiés sont très critiques, beaucoup d’exploités continuent d’y croire. 

Syndrome de Stockholm ou quelque chose du genre. Syndrome de la femme battue aussi peut-être. «Dans l’fond c’est un bon système, même s’il est parfois violent. Il a promis que ç’arrivera plus, que 2008 c’était la dernière, qu’il va se réformer, devenir humain.» 

Le Capital, humain? 
Chacun ses contes de fée. j’imagine. 
En 18 ans depuis la crise spéculative de 2008, les Too Big To Fail n’ont pas encore été dûment encadrés.

(Le Conseil de stabilité financière, dont Mark Carney a été directeur de 2011 à 2018, a été mis sur pied pour réguler la sphère financière globale afin d’endiguer ses impacts sur les marchés. Si certaines régulations ont été mises en place, la question des Too Big to Fail n’est pas encore réglée.)

J’aborde le sujet parce qu’une personne que j’aime bien s’embourbe dans la défense du Capital… Et ça m’a frappée: c’est une parvenue. Si elle ne s’était pas enrichie grâce à ce système, je suis pas mal certain qu’elle le vilipenderait.

Pure spéculation, c’est impossible à savoir. 
Appelle ça une intuition. 

Ça me fait penser à ces partis politiques qui se disent pour une réforme du mode de scrutin jusqu’à ce qu’ils accèdent au pouvoir et se disent que, finalement c’est pas si pire, ce système-là… 

Mais la meilleure analogie que j’ai trouvée est la suivante. 

À l’époque coloniale au Brésil, certains esclaves réussissaient à acheter leur liberté. Parmi ceux-ci, il arrivait qu’un ex-esclave qui en avait les moyens S’ACHÈTENT DES ESCLAVES. Les parvenus, les nouveaux riches du capitalisme me font penser à ces esclaves affranchis qui ont tellement intériorisé l’ordre établi qu’ils ne voient aucun problème à reproduire ses structures d’exploitation en s’y conformant. 

En dernière analyse, les riches sont aussi prisonniers du capitalisme que les autres (référence au maître et à l’esclave de Hegel), ils ont juste plus de privilèges dans leur cellule aux barreaux dorés. 

Le capitalisme, c’est finalement un gros ponzi scheme à l’échelle planétaire, tout le monde exploitant les échelons inférieurs en espérant gravir la pyramide des affranchis et, surtout, en craignant de tomber plus bas. 

Et c’est là où on peut voir une forme de terrorisme soft, cette violence insidieuse qui nous fait nous résigner à notre triste sort d’exploité-exploiteur, cette terreur sourde de finir dans le trou et que tout le système nous chie dessus, d’être réduit à vaurien, à moins que rien 
— après ça les bonne gens se scandalisent qu’il y ait tant d’itinérants et qu’une femme accouche dans un abribus à Montréal — 
parce que la plupart du monde, même s’ils sentent intuitivement que quelque chose cloche, vivent dans une ignorance savamment entretenue. 

La logique totalitaire de notre époque repose sur un vaste programme de propagande (décentralisé, il ne s’agit pas d’un complot) dont les piliers sont la pub, le marketing, les relations publiques et le divertissement, et qui nous empêche de prendre conscience de notre lamentable condition d’exploité-exploiteur; pire, il nous fait désirer les barreaux de notre cage. 

Il nous empêche de voir ce qui est pourtant aussi évident qu’une poutre dans notre œil: que de richissimes parvenus puissent se payer un voyage dans l’espace est précisément rendu possible par l’exploitation massive des humains et de la nature. 

Et détournant notre attention il pointe la paille en plastique dans l’œil des petits esclaves qui n’ont d’autres moyens de survivre que l’aide sociale ou qui ont le malheur d’être migrants pour les accuser d’être la source de tous nos problèmes. 

Facile de taper sur les démunis. 
On les traite de parasites. 
Pointant c’est le propre du parasite de passer inaperçu, et le Capital est passé maître dans cet art…

Ensuite, quand des gens dénoncent les injustices, on les traite de woke.
Comme si c’était une insulte.
La gauche a toujours été woke, ce qui la constitue c’est précisément sa perception de ce qui cloche et sa croyance qu’un autre monde est possible, un monde sans exploitation.

Est-on coupable d’être un esclave qui exploite d’autres esclaves? Si tu veux lire mes réflexions sur le sujet, c’est dans cette scribouillure: Coupable ou endetté?

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