
Mais qu’est-ce que l’éducation pour les cyniques?
Voici ce qu’en dit Démétrios, philosophe cynique du 1er siècle après JC:
Il est plus profitable de connaître un petit nombre de sages préceptes à sa portée et à son usage, que d’en apprendre beaucoup qu’on n’a pas sous la main.
Un bon lutteur n’est pas celui qui a appris à fond toutes les poses et toutes les complications de mouvements dont l’usage est rare dans le combat, mais celui qui, après s’être exercé longuement et avec soin à une ou deux d’entre elles, épie attentivement l’occasion de les appliquer; car il ne lui importe pas de savoir beaucoup, pourvu qu’il sache assez pour vaincre.
De même, dans cette étude [c.-à-d. la philosophie], il y a beaucoup de choses qui plaisent, peu qui assurent la victoire. Tu peux ignorer quelle cause soulève l’océan et le rappelle dans son lit, pourquoi chaque septième année imprime un nouveau caractère à la vie de l’homme (…) [suivent d’autres exemples de connaissances dont, dans la perspective du cynique, l’utilité n’est pas immédiatement avérée].
Tu ne perdras pas beaucoup, si tu ne t’adonnes pas aux choses dont la connaissance n’est ni accessible ni utile.
L’obscure vérité se cache dans un abîme.
Et nous ne pouvons accuser la malveillance de la nature, car il n’y a de difficile à découvrir que les choses dont la découverte ne rapporte d’autres fruits que la découverte même, et tout ce qui peut nous rendre meilleurs ou heureux, elle l’a placé sous nos yeux et à portée de main.
Si l’homme est fortifié contre les hasards, il s’est élevé au-dessus de la crainte.
Si, dans l’avidité de son espoir, il n’embrasse pas l’infini, mais apprend à chercher ses richesses en lui-même; s’il a rejeté la terreur des dieux et des hommes, persuadé qu’il a peu à craindre de l’homme, et rien à craindre des dieux; si, méprisant tout ce qui fait aussi bien le tourment que l’ornement de la vie, il est parvenu à comprendre que la mort ne produit aucun mal et en termine beaucoup; s’il a dévoué son âme à la vertu, et trouve facile le chemin pour aller là où elle l’appelle; si, animal sociable et né pour vivre en communauté, il voit le monde entier comme la seule demeure de tous les êtres; s’il a ouvert sa conscience aux dieux et vit toujours comme en public; alors, se respectant plus que les autres, ayant échappé aux tempêtes, il s’est fixé dans un calme inaltérable; alors il a rassemblé en lui toute la science utile et nécessaire: le reste n’est que l’amusement du loisir.
Car il est permis à une âme déjà retirée à l’abri de s’égarer quelquefois dans ces spéculations qui servent à orner l’esprit plutôt qu’à le fortifier. (Flores-Júnior, La vie facile, p. 212)
