En attendant Falardeau

Posted by on 1 Fév 2026 in Politique, Scribouillure | 0 comments

Legault démissionne. 

Plusieurs y vont de grands éloges. 
Grand homme. Dévoué en politique. 
Il a imprimé sa marque sur le Québec. 
«Il y aura un avant et un après Legault» 
Etcetera. 

Même ses adversaires — je pense aux  députés de QS louant son engagement tout en critiquant ces politiques auxquelles ils s’opposaient, continuant par le fait même à jouer la game.  SHOW MUST GO ON dans la société de spectacle. 

S’ils n’ont pas fait que dénoncer, s’ils n’ont pas attaqué purement et simplement, c’est l’ère du temps: il faut pas se comporter comme des trolls, et c’est bien logique, la haine en ligne qui déborde dans la vraie vie est devenue un fléau pire que les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse réunis —

Ce qui me fait penser à cette merveilleuse caricature:

C’est bien dans l’ère du temps. 

Pourtant il mériterait une gifle discursive ou deux, Legault. Une Gifle, avec un grand G, une Gifle telle que la décrit Bouillier dans le Dossier M, c’est-à-dire: 

Il s’agit d’une gifle, mais parfaite. D’une pureté fantastique. Dénuée d’affects et limite professionnelle. Il s’agit d’une gifle qui dit: Tu ne l’as pas volée celle-là. Qui dit: Tu l’as cherchée – eh bien vlan! Es-tu contente à présent? Comment dire? Cette gifle: elle est un modèle du genre. Elle ne cherche pas à faire mal. Non non non. Elle n’exprime pas une volonté d’humilier, de châtier, d’anéantir. Elle n’est pas la pitoyable vengeance d’un faible. Non non non. Il s’agit d’une gifle d’une autre trempe. D’une gifle donnée pour que l’autre arrête. Qu’il stoppe. Cesse. Comprenne qu’il va trop loin. Reprenne ses esprits. Se rende compte. Cette gifle, oui, elle dit: Ça suffit, tu as dépassé les bornes, il faut te le dire dans quelle langue? Cette gifle, elle porte un message. Elle vient de loin finalement. De très loin même. Elle vient d’Égypte! Voilà. C’est la gifle qui a erré dans le désert pendant quarante ans et qui a fendu la mer en deux avant de terminer sur la croix et, tiens, elle est pour toi cette gifle, dit la gifle. Je te la donne et n’y reviens plus, dit la gifle. Voici pour t’apprendre. Tu voulais sentir la Loi – eh bien voilà. Cela n’a rien de personnel, non, c’est biblique. Vlan.

Voilà selon moi ce que mériterait Legault (et bien d’autres d’ailleurs). M’enfin, ce n’est pas moi qui irait l’administrer, bein trop couillon je suis. Une gifle discursive, par contre, c’est plus dans mes cordes. Et c’est ainsi que j’ai pensé à Falardeau. Falardeau possédait l’art de la gifle discursive, sans contredit.

À une autre époque, qu’aurait dit Falardeau de ce premier ministre? 

(Pensons à sa réaction lors de la mort de Ryan: «Salut, pourriture»!) 

Il n’aurait certainement pas donné dans la dentelle… 

Toutefois, est-ce que le style Falardeau passerait encore aujourd’hui? (Déjà qu’il passait pas à l’époque.) Une meilleure question serait celle-ci: Est-ce que Falardeau modifierait son style dans notre contexte de trollite aiguë? Car il était — à sa manière bien distincte — un homme de lettres, ou plutôt un homme de graffiti, refusant l’intellectualisme, il parlait vrai.

Question oisive anyway. 

En attendant une réponse, je vais me faire medium et invoquer l’esprit de Falardeau pour écrire un brûlot sur la démission de Legault:

Le boss des bécosses

Legault démissionne? Bon débarras! Il aurait dû lever les feutres depuis longtemps. Il aurait même pas dû être premier ministre. Un petit gestionnaire-comptable médiocre qui a géré le pays comme une succursale provinciale des géants numériques de ce monde. Un licheux de bottes du grand capital algorithmique. Un chihuahua jappant après le fédéral qui le tenait en laisse et s’amusait de le voir bomber le torse.

Il n’y aura pas «d’avant et d’après François Legault» comme l’a écrit un valet des grands médias quelque part, j’oublie son nom. Legault a été un tiède continuateur du sur-place qui caractérise la politique québécoise depuis 30 ans. Dans lan grande tradition néolibérale mais plus cheap. Il rêvait de faire du Québec la prochaine Silicon Valley, un mirage qui éblouit tous les dirigeants. Mais il a même pas été foutu d’investir intelligemment. Il a navigué d’un fiasco à l’autre, de Northvolt à SAAQclic en passant par la fonderie Horn.

Faut avoir du culot pour se présenter comme le grand réformateur du Québec pis s’en aller quand ça commence à péter de partout. Comme un petit actionnaire qui vend ses parts parce que la compagnie s’en va vers le gouffre. Un capitaine qui abandonne le navire en apercevant les icebergs au loin.

Sa vision de la démocratie était pire que le service après-vente de Bell Canada. Calmer le client. Optimiser le processus. Éviter les plaintes. Une démocratie réduite à une conférence de presse PowerPoint payée des millions à des firmes de communication. À des grands manitous de l’écran de fumée. Legault, c’est le triomphe du tableur Excel sur l’imaginaire collectif. Un homme qui a confondu gouverner avec gérer, pis gérer avec ne-pas-faire-de-vagues. C’était un petit vendeur de chars usagés au sourire usé, avec son ton condescendant de bon père de famille. Il a vendu la CAQ en disant que c’était «la troisième voie». Son char c’était un citron. Troisième voie mon cul. C’était une voie de contournement pour éviter les vraies questions: Qui décide ici? Pour qui on travaille? Pis pourquoi on se contente toujours des miettes?

Le Québec a pas besoin de ce PDG de province, conçue comme une PME, pis qui espère que les turbulences mondiales l’empêcheront pas d’aller en vacances dans le sud cet hiver.

Son nationalisme?

Un cache-misère culturel dans un régime économique qui ne parle ni français ni anglais, mais Python et SQL. Un drapeau planté sur un serveur Amazon. Un panier bleu pour contrer l’impérialisme des multinationales. Un pare-feu culturel sur le programme fédéral.

Legault confondait culture avec folklore et divertissement: des produits à vendre. Pis si ça fait pas de profits, on coupe. Ça coupe dans la culture pis ça ose se dire nationaliste. Un nationalisme de pacotille. Un nationalisme de show de boucane.

C’est ça, la société du spectacle : une société où la politique devient une mise en scène, où les décisions réelles se prennent ailleurs pis où le citoyen est réduit à applaudir ou à huer des images, des simulacres de réalité. Mais la CAQ, c’était du spectacle low-cost : un faux pragmatisme pour cacher une vraie soumission.

Pendant que Trump sème le fascisme dans les champs de ruine, pendant que Poutine bombarde le droit international, pendant que Xi Jinping planifie pour les 50 prochaines années, Legault a gouverné comme on gère une franchise. À la petite semaine. Pas pour transformer le monde, mais pour maintenir sa marque de commerce. Pas pour libérer le peuple, mais pour éviter une mauvaise cote de crédit. Pas avec une vision d’avenir, mais avec un tableau de bord où il vérifiait ses indicateurs de performance pendant que l’Histoire nous passait dessus comme un dix-huit roues. Évidemment, Legault pouvait pas affronter tout ça parce que ça lui aurait pris une colonne vertébrale.

Son legs?
Une société dépolitisée où la contestation est vue comme une nuisance, où la pensée radicale est traitée comme une maladie infantile, où on confond la liberté avec nos chaînes déguisées en paix sociale.

Son legs?
Un Québec qui parle d’identité comme on parle d’un règlement municipal.
Un Québec qui rêve petit, qui négocie à genoux pis qui appelle ça du réalisme.
Un Québec où les services publics sont tenus à bout de bras par des humains à bout de souffle à force de courir pour satisfaire les patrons. Sans pouvoir joindre les deux bouts.

Est-ce que d’autres auraient fait mieux?
Poser la question est déjà une marque de notre misère.
On est tellement habitué à la misère depuis tellement d’années qu’on a de la difficulté à s’imaginer autre chose… mais comme j’ai déjà dit: On va toujours trop loin pour ceux qui vont nulle part.

Legault démissionne?

Bon débarras! Bye bye le boss des bécosses.

Le Québec mérite mieux que ça.
Il mérite pas des gestionnaires du statu quo.
Il mérite pas des politiciens qui ont peur de leur propre peuple, qui ont peur de brasser la cage.

Le Québec a besoin d’une pensée dangereuse.
D’une vision qui dérange.
D’un peuple qui comprend que dans le siècle qui vient, ceux qui ne se tiennent pas debout… se font programmer.

Il nous faut devenir dangereux.
Dangereux pour l’ordre qui nous préfère dociles.
Dangereux pour les algorithmes qui nous veulent prévisibles.
Dangereux pour un système qui tolère tout… sauf qu’on se tienne debout.

***

Merci Falardeau pour l’inspiration.

Mais j’ai trouvé mieux.

Tu te rappelles-tû du Temps des bouffons?

Marc-André Cyr nous renseigne sur ce bijou du documentaire engagé façon Falardeau dans une chronique pas mal plus inspirée que la mienne, L’éternel temps des bouffons, et pour t’appâter à le lire, voici un extrait savoureux:

Cette pathétique singerie nationaliste prend désormais des proportions étonnantes. Au moment où l’impérialisme dévoile nommément ses plans d’annexion du pays, nos petits nationalistes aux gros egos prônent l’indépendance afin de mieux négocier notre disparition : « S’il doit y avoir un jour absorption du Québec par les États-Unis, affirme un certain sociologue sans sociologie, on ne pourra laisser Ottawa défendre nos intérêts et il nous faudra négocier cette absorption nous-mêmes. Pour ce faire, il n’y a qu’un seul et unique moyen, et c’est alors d’être souverains ».

Magnifique. D’ailleurs, le bouffonne épouse journaliste de ce sociologue sans sociologie affirmait à Radio-Canada que Marie-Ève Cotton, Jonathan Durand-Folco et Alexandre Dumas étaient des militants d’extrême-gauche pour discréditer leurs mises en garde contre le national-populisme de Pierre St-Paul Plamondon au lieu d’apporter des arguments contraires aux leurs. Cotton démonte la bouffonne.

Les bouffons ne savent même pas qu’ils en sont. La preuve, Legault a salué le livre Annie Darisse-Desbiens La bonne pauvrel’autrice a élégamment souligné l’ironie du geste.

Quelle pauvreté!

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